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Baron noir : la raison d’être de Canal Plus (critique avec spoilers)

Pourquoi un industriel patenté comme Bolloré garde une société qui perd de l’argent ? Quel intérêt aurait-il à financer les pitreries d’Hanouna ? Baron Noir nous apporte une réponse claire et éclatante !

Baron Noir est une série politique dont le premier opus est sorti en 2016. La particularité de cette série est de relater les vicissitudes de la gauche française.

La précision des anecdotes et des indiscrétions des années Mitterrand et Jospin en sont rapidement la marque de fabrique. Construite et écrite autour d’un personnage central (inspiré de Julien Dray), la série est nourrie par une personne : Eric Benzekri. 

De formation politique (IEP et pépé ENA). Eric a navigué au sein du réseau historique de l’UNEF-ID et de la gauche socialiste créée par Julien Dray et Jean-Luc Mélenchon. Il travaillera au sein du cabinet de Jean-Luc Mélenchon avant d’intégrer l’équipe de Julien Dray. Il sortira de la vie politique en 2005 (il se met d’ailleurs lui-même en scène dans la série : ici son départ serait motivé par sa pureté et son intégrité).

Cette troisième saison commence sur les chapeaux de roue

Capture d’écran : Canal Plus

Elle tient compte de la scène politique décomposée/recomposée depuis 2017.  Ainsi, Anna Mouglalis (assez incroyable d’ailleurs) se macronise : ni de gauche ni de droite, libérale par nécessité, socialiste empêchée, déconnectée de la vie des gens car occupée par des choses bien plus graves que le prix du panier moyen. La présidente de Baron Noir est une version excusable d’Emmanuel Macron.

Les deux partis traditionnels soufflés par le nouveau monde sont figés : le PS avec un Olivier Faure (Kalenberg) en navigateur à vue et LR oscillant entre envie et nostalgie. A l’extrême droite, Marine Le Pen est incarnée par un homme (Chalon) et son ombre liftée et trépignante, Marion Maréchal, s’appelle Léandra. Et il y a ce vieux trublion un peu dépassé mais toujours malin : Vidal leader de « Debout le Peuple ». C’est au milieu de cet aréopage que va prendre corps la trajectoire du Baron Noir.

Plusieurs précisions liminaires :

  • Seules la France insoumise et La République En Marche ne sont pas représentées sous leur vrai nom ou logo. Il faut dire que les auteurs n’avaient pas imaginé en 2016 l’irruption de ces deux formations politiques et leur rôle dans la vie politique actuelle. Anna Mouglalis n’est pas Macron dans la saison 1 mais le devient dans la saison 2. De plus, aucune attaque en diffamation n’est permise dans le cas ou des propos ou des assertions déformant une fausse réalité serait pratiquée par la série
  • Même si ce n’est pas un documentaire mais bien une fiction : Baron Noir prétend faire un récit de la vie politique actuelle et une anticipation (comme une mise en garde) des élections présidentielles 2022

Le propos des scénaristes n’est pas neutre et, autant sur la première saison il est pertinent car il émaille d’anecdotes qu’il avait recueillies auprès du vrai Mélenchon et du non moins réel Julien Dray. Autant sur cette dernière, certaines répliques et anecdotes ne sont inspirées que par la créativité des scénaristes et soyons francs, par la pensée dominante. Car disons-le l’utilisation de la fiction, du cinéma et de la télévision, pour valider et conforter une vision dominante, c’est ce que cette troisième saison fait.

Voilà comment on retrouve Emmanuel Macron (sous les traits de Anna Mouglalis) tel que le décrivent des médias comme Paris Match ou le JDD : président isolé mais au centre de tout. Il est brillant (comme la presse le dit partout) et anticipe tous les coups. Son sens de l’Etat l’a obligé à l’austérité mais son cœur et sa raison politique le pousserait à la redistribution, si seulement on le laissait faire ses réformes. C’est une mécanique prévue, anticipée et Jupiter est engluée dans les guerres partisanes de la vieille politique. C’est à cause des vieux briscards de la politique et des conservatismes qu’il ne peut pas redistribuer et mettre en action le volet social de sa politique. Dans Baron Noir, le/la présidente serait le seul personnage à être mû par l’intérêt général quand ses opposants font des calculs électoralistes.

On nous prendrait pour des cons qu’on ne s’y prendrait pas autrement !

Le Baron noir (inspiré de Julien Dray mais en même temps totalement fictionnel dans cette 3e saison), est désigné comme le responsable de la politique anti-sociale de la Présidente macroniste. Dévoré d’ambition personnelle, il va remuer toutes les ficelles de l’ancien monde pour revenir sur le devant de la scène. Et jouer avec le feu.

La contestation populaire des Gilets jaunes ? Instrumentalisée par la vieille gauche. Les Gilets jaunes n’ont aucune revendication à part « Démocratie » et « Dictature ». Ils sont violents, tendance Croix de feu et représentent une menace pour la démocratie. Même le Rassemblement National en a peur ! … Pas question des violences policières bien entendu. Ni de dérive autoritaire du régime. Ni de Benalla (sic ! ça aurait pourtant fait un super rebond !). Ah oui : Vidal/Mélenchon est évidemment un opportuniste qui cherche à tirer profit de la révolte des Gilets Jaunes (what else ?). 

Là nous approchons du réel propos de cette série : Jean-Luc Mélenchon

Capture d’écran : Canal Plus

Vous l’avez vu comme moi : la presse s’est empressée de relier le personnage fictif à la personne réelle. Allant jusqu’à prétendre que « le spectateur a l’impression que c’est Jean-Luc Mélenchon qui est à l’écran » (Le Monde).

Le rubricard du Monde exprime ainsi sa satisfaction de voir Mélenchon incarné par un François Morel incontrôlable (qui dit de Mélenchon « qu’il y a une certaine brutalité chez [lui] » sans jamais s’être donné la peine de le rencontrer). 

Pour Le Monde comme pour les scénaristes de Baron Noir, Mélenchon est vieux, passé, daté, dépassé, autocrate, autoritaire, colérique, manipulateur, aigri et dans tous les cas, c’est une machine à perdre. La France insoumise (« Debout le Peuple ») est un parti vertical et dictatorial (« il n’y a qu’une seule ligne : c’est la mienne »). Il n’y a aucune consultation de la base, aucune démocratie. C’est assumé et revendiqué. Et cerise sur le gâteau :  à la première occasion, le mouvement vire à l’extrême droite ! 

Alors bien sûr il y a, ça et là, quelques répliques pour nuancer : « Quand on mélange le brun et le rouge il ne reste que le brun ». Il y a aussi une forme d’hommage à la sagesse et la culture politique de Mélenchon, à son obsession de la transmission mais le résultat est sans appel : c’est une machine à perdre obsédé par lui-même et incapable d’adopter une proposition qui ne viendrait pas de lui.

Des exemples ? Vidal/Mélenchon s’oppose à un référendum pour supprimer la dimension monarchiste de la 5eme (mécaniquement par la suppression du suffrage universel direct des présidentielles et le renforcement du rôle du parlement). Voilà comment faire passer Mélenchon pour un démagogue qui prétend défendre la 6ème République mais s’oppose pour s’opposer dès qu’il s’agit d’avancer vers un régime parlementaire.

Le plus extravagant est la façon dont Vidal/Mélenchon planifierait de détruire le système en utilisant l’extrême-droite et en espérant être le dernier survivant de la vague dégagiste. C’est le plus extravagant car dans la vie réelle, c’est le Président qui lance un débat autour du séparatisme, des listes communautaires, de l’immigration, des migrants, de l’Islam. C’est Macron qui s’aventure sur les traces des fascistes en espérant grignoter son électorat le plus raciste. Mais dans Baron Noir, l’occupante de l’Elysée constaterait avec horreur le jeu du populiste Vidal/Mélenchon. Et la série n’hésite pas à le repeindre en « magouilleur », « cynique » presque fou. D’ailleurs voyez ce Vidal/Mélenchon ! Violent et impulsif. Il se dispute, en vient aux mains, crie souvent. Lorsqu’il perd, il s’enfonce dans la dépression. Instable, limite bi-polaire.

Ah ! C’est aussi un bourgeois qui n’a jamais travaillé de sa vie. Il ne connaît rien à la réalité du monde ouvrier et des employés. D’ailleurs, il vit comme un bourgeois dans sa grande maison bourgeoise.

Capture d’écran : Canal Plus

Vous la voyez cette « gôche », vieille, passéiste, magouilleuse, cynique, réglant éternellement ses comptes et empêchant que les « modernes » réalisent le grand rêve européen ! 

Car Macron c’est quoi ? C’est « la règle verte » : la conscience écologique doit conditionner toutes les décisions (et hop ! on s’accapare un des trois piliers de la France insoumise). C’est la proposition de sortir de la règle des 3% des institutions européennes pour les sujets écologiques (tiens ? Mais n’est ce pas une des propositions phares du programme de la France insoumise ?!). Macron c’est l’obsession de la redistribution (bon là : c’est le WTF ultime et le méga LOL) ET oui : si le 1er quinquennat de Macron est sous l’austérité c’est pour mieux redistribuer ensuite… Mais oui ! Et c’est les vieilles magouilles de la vieille politique qui l’en empêche. C’est la montée du populisme extrémiste et fasciste qui l’empêche et rien d’autre.

Car oui la vie politique est partagée entre ceux qui ont le sens de l’Etat et des responsabilités, d’un côté. De l’autre, ceux qui passent leur temps à magouiller par opportunisme et ambition égoïste.

Pas un mot des intérêts privés, et c’est là où le vide est abyssal…

Capture d’écran : Canal Plus

Dans cette série, le problème de la France c’est l’ancien monde et pas la cupidité des intérêts privés. Ce sont les magouilles incessantes de la vieille politique qui poussent les gens au désespoir. On reste dans le débat mais à aucun moment la corruption financière, le pantouflage et les puissances financières n’interviennent.

Je vous spoile : à la fin Macron se tue politiquement puis littéralement pour sauver la France.

Voila pourquoi un industriel qui ne garde jamais aucune boîte déficitaire a gardé Canal Plus : c’est une machine à produire de l’idéologie qui est payée en contrats redonnés ensuite par l’Elysée…

Bolloré a payé pour diffuser un message : le seul vrai homme d’Etat en France capable de se sacrifier pour l’intérêt général : c’est un Macron !